Et les enfants? ils doivent être contents d’être en France!

(Ou les defis de retour d’expatriation pour un ado..)

A quel moment ai-je cligné des yeux et raté la transformation de “Miss Triple A” en pré-ado irrascible et tellement négative? Comment peut elle passer de vrais moments de maturite à d’autres où elle est tellement illogique, impulsive et si emotive?

Moi qui pensais que notre impatriation en France serait facile pour elle, je tombe des nues. “L’ecole est nulle, les francais sont naz et tout ce que je veux c’est rentrer (au Vietnam)”. Les portes claquent, les epaules se haussent et les bras m’en tombent.

Bienvenue dans le monde des “parents d’ado”: preparez vous à une forte dose d’yeux qui roulent, de crises emotionnelles, d’envies de s’enfuir.. et je ne parle que pour la mère!

Rencontre du 3eme type: L’émigrée Canada Dry

Maelle, Raphaelle et Delphine parlent parfaitement francais et l’écrivent sans difficulté. S’integrer au systeme scolaire aurait dû être facile.. mais pas du tout. Parce que parler une langue même parfaitement ne signifie pas maitriser la culture.

“Elles n’avaient pas les codes et se sentaient completement perdues” constatent leurs mamans rentrées depuis peu en France.

Je parle leur langue mais je ne les comprends pas m’avoue Maelle, ma fille de 11 ans. Je croyais que j étais française mais on n’a rien en commun!

L’environnement scolaire est agressif, surtout pour celles qui reviennent de pays anglosaxons où les élevés sont tous inclus, encouragés et où l’apprentissage est ludique. En France, la maitresse de Maelle hausse les épaules quand elle ose encore lever le doigt parce qu’elle n’a pas compris l’instruction. “Comment ça tu ne comprends pas? Tu parles français pourtant?”

Les poings serrés, elle est épuisée par son emploi du temps et les devoirs à faire tous les soirs. Pour la première fois, elle est stressée par ses notes et par sa cote de popularité dans la classe!Je suis toujours jugée; Des interrogations tout le temps, je dois apprendre a dessiner des majuscules débiles je sais que tout le monde regarde comment je m’habille ici. J’ai rien à voir avec eux!”

Nous sommes rentres depuis 3 mois et je ma fille se fane. Elle perd confiance en elle, et fait tout a minima. Elle ne veux plus parler  du Vietnam et préfère renier son expérience et son parcours unique pour atteindre un parfait niveau d intégration. Je suis atterrée par son manque d’ambition, sa chambre devrait être passée au kasher, elle me répond sur un ton qui m’insupporte. Je sais que je suis supposée la préparer à la vie, mais c’est difficile quand elle sait déjà tout.

Le plus difficile dans l’éducation d’un ado c’est de répondre comme un adulte” me confirme Sylvie.

It takes a village to raise a kid”. Je me suis donc tournée vers d autres parents d’ado, des psy specialises sur ses “Enfants de la Troisieme Culture” et partagé tous ces témoignages avec ma fille. Elle s est sentie écoutée et surtout comprise. Et moi donc!

1) Valider les émotions

L’avis le plus idiot qu’on m’ait donne? “Un enfant c est super résilient, ca va vite passer, ne te prends pas la tète” me confie Patricia, mère de 3 enfants “impatries” en Belgique. “Oui c’est résilient, mais il faut leur donner le temps, à eux comme a nous, de digérer les changements. Et surtout, valider leurs émotions.

Que le retour en France ait été soigneusement prépare ou qu’il se soit fait précipitamment, l’atterrissage reste difficile.

A Hanoi  tous les profs étaient vraiment gentils et s intéressaient à nous”. regrette Maelle. Comme dans toutes les écoles internationales, on célébrait les  International Day comme autant d occasions de présenter fièrement son pays d’origine, Les enseignants s’intéressent à l’histoire des enfants, à leur famille, et tout le monde prend a coeur l intégration des nouveaux.

Bien sûr quitter ce cocon a été violent. Bien sûr que ma fille est triste, et elle n a pas fait le deuil de notre départ précipite par le Covid. Pas de fête de départ quand on est confinés.

A la tristesse de l enfant s ajoute aussi parfois celle des autres membres de la famille. Dans cette période de totale incertitude, le stress des parents devient aussi celui des enfants. Mais la colère et la douleur finissent par passer quand on leur permet de s’exprimer. Comme m’explique Patricia : « c est quand on a laisse la tristesse s’exprimer que les autres sentiments comme la joie peuvent a nouveau fleurir ».

Ca commence avec moi !

Le meilleur conseil qu’on m’ait donne? “Va prendre l’air et offre toi un vrai jour de conges par semaine, c est pas cher paye!” Pauline me rappelle que “90% de la réussite d’une expatriation, on la doit au conjoint suiveur”. D’ou l’obligation de se mé-na-ger !

Pour pouvoir aider son ado, il faut avoir assez d’energie á partager. Reconnaitre nos propres émotions, cultiver notre petit jardin d’amis, et faire du sport (parce que c est bon pour tout!). Retrouver notre valeur pour aider notre progéniture à trouver la leur. Et accepter que ca prenne du temps. Mon petit conseil: se trouver une activite rien que pour soi une fois par mois et s’y tenir avec la rigueur d’un RV medical. Mon prochain sera le coiffeur, un vrai coiffeur parisien un peu hors de prix qui me fait rêver depuis des annees .. le suivant sera un atelier sur la therapie par le mouvement qui ne passione que moi. Préparer, googliser, et se faire plaisir !

Et arreter de culpabiliser. Comme me le dit si bien Patricia « De toutes facons, ici ou la tu l’aurais eu cette crise d’ado ! Ne mets pas tout sur le retour ! »

2. Rassurer : recréer une base solide

En s’installant en France, on s est vite rendu compte a quel point notre expérience d expatriation nous rendait spéciaux reconnait Elodie. On savait qu’on aurait besoin de temps pour s’intégrer. On est différents, on n’ose pas se plaindre pour encore se prendre le fameux “c’est toi a décide de partir!”. “Je savais que notre bulle de vie d’expats allait eclater et qu’on allait tous atterir a des endroits differents” me confie Delphine..

Pour les serial expats, la famille c’est un noyau dur, le refuge, le socle. Les racines dans ce monde qui change parfois si brutalement.

Nous avons instaure “le DIY Pizza du mardi”, sponsorise par Picard Surgeles! (Vive la France!!) Leur pate a pizza et leurs sauces tomates sont formidables, j’dis ca.. Netflix nous a rendu accro à « The Crown » et nous attendons avec impatience la suite en regardant « Star Trek ». Tous les 15jours, nous illustrons notre “vision board”, nos petits succés et ce que nous voulons voir se realiser dans ce nouveau chapitre de notre vie. Ces rituels sont notre facon de creer un sentiment de stabilite et de se projeter ensemble. Pour ma fille de 11 ans, ce sentiment est des plus securisants. Et son petit frere est le premier pour tout installer.

3. Passer du monologue au dialogue

C’est « arrêter les TedX », longs monologues pour le devoir mal fait, les baskets dans la chambre, la poubelle qui deborde, les heures sur Whatsapp avec les “copains d’avant”.

C’est essayer de liberer notre ado de nos attentes, de nos agenda et (surtout) de nos peurs de l’échec.

Dr Abraham conseille aussi les “activités en parallèle”: discuter en marchant, en cuisinant, sans que discussion egale convocation. Même si cela implique regarder un centième REAL sur Instagram avec sa fille, ca compte aussi comme temps passe ensemble.

4. Ouvrir sa maison .. et en sortir!

Dire oui aux gouters, soirees pyjamas et autres seances de revision. Etre le parent qui accompagne plus que celui qui interdit.

Objectif: s épanouir en dehors de l’école: on essaie de nouvelles activités, on reserve des weekends et on decouvre la France comme de vrais touristes.

SUPER CONCLUSION : LE POUVOIR MAGIQUE DES ENFANTS EXPATS EN SERIE

Nos enfants ont un sens inné de la resilience. Cette experience va leur permettre de developpper leurs forces, et nous devons pas leur supprimer completement cet obstacle. “Ils ont besoin d’être dans cette situation inconfortable pour developper leurs capacites à rebondir“conclut Dr Abraham.

kid superhero

Et puis au pire, vous savez quoi ? Comme le dit ma fille « On peut toujours repartir en aventure ! »

Pour aller plus loin

En francais: Les nombreux articles de Cecile Gylbert et son ouvrage sur les enfants de la 3me culture https://www.femmexpat.com/expatriation/vie-familiale/les-enfants/cecile-gylbert-auteur-du-livre-les-enfants-de-la-3eme-culture/

Le page Facebook Expats parents – Partage d’expériences entre parents francophones expatriés. Une mine d infos et surtout de supers parents toujours prets a partager leurs experiences dans la plus grande bienveillance !

En anglais: l excellent podcast avec le Dr Abraham et son ouvrage sur les Third Culture Kids et la puberte en prime.

5 thoughts on “Et les enfants? ils doivent être contents d’être en France!

  1. I’m sorry to hear she – and by extension, you – are struggling. 😦 Pre-adolescents are tough enough in their own homelands, let alone a new and different one, especially when that one is supposed to feel like “home.” She has a good mom to get her through this!

    1. Oh thank you ! You have no idea how much researching for this post helped the both of us. Maelle was involved as my Special Consultant and she was relieved to realize that other kids had been there too. She felt very reassured and it helped her to speak up about her feelings too 🙂 We concluded by watching “Inside Out” as recommended by another Mum.. did you watch it?

      1. So smart of you to involve her in the research. I haven’t seen the film, but I’m glad it helped. Someday Maelle will see the value in her peripatetic young life!

  2. Je comprends tout-à-fait ta fille.
    On en a déjà parlé. J’ai eu exactement la même réaction il y a 50 ans (!) quand je suis “rentré” en France pour aller en prépa. A 16 ans (ou 11) pas facile de trouver ses marques. Et oui on parle la langue mais on ne “les” comprend pas. (J’ai toujours un peu de mal d’ailleurs!) 😉
    L’idéal est une école où il d’autres enfants d’expats… Pas toujours facile. Mais on finit toujours par trouver de nouveaux amis… un peu moins “fermés” que les autres…
    Et le mot de la fin est très vrai: Vous pourrez toujours repartir en aventure. Explorer la Suisse, ou la Belgique, ou l’Italie en vacances… (partir qqs jours à défaut de “repartir”)
    Biz ma grande. T’inquiète, ta petite famille et toi vous en sortirez… 🤗

    1. Merci merci encore 🙂 Ton experience me fait me sentir plus normale. Et heureusement qu ils sont en section anglophone, ca allege le poids du retour et ca me fait toujours aussi plaisir de les entendre zapper d une langue a l autre suivant les interlocuteurs. On nous demande 3 mois pour refaire les passeports des enfants mais des que je les ai, a nous le Euro Tour!!!XXX

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